Antioxydant

February 1, 2017

 

Faut-il consommer des antioxydants ?

 

Pourquoi une telle question, me direz-vous… Parce qu’elle au cœur d’un débat nutritionnel. Quand on évoque le terme de stress oxydant, on pense bien souvent à ses effets délétères. L’idée d’avoir recours à une supplémentation en antioxydants, en tant que sportif soumis à une activité métabolique intense, apparait donc logiquement. Oui, mais.

 

La nature est quand même bien faite

 

Le stress oxydant – ou oxydatif – est un processus physiologique indispensable à la vie. Lorsque vous respirez à pleins poumons, l’air inspiré va nourrir en oxygène chacune de vos cellules pour parvenir jusqu’aux mitochondries, vos usines énergétiques. Particulièrement abondantes dans le muscle, elles vont fabriquer l’énergie dont vous avez besoin à partir des sucres (glucose), des graisses (acides gras) et de l’oxygène grâce à une série de réactions en chaîne particulièrement complexes. Toutefois, une petite partie de l’oxygène consommé, environ 2% (1), va former des molécules particulièrement instables, les radicaux libres. Il s’agit d’espèces chimiques possédant un électron non apparié, dit célibataire, leur conférant un caractère très instable vis à vis des molécules environnantes. C’est un peu comme le jeu de la patate chaude : l’oxygène instable va piquer un électron à son voisin, qui devient alors instable à son tour et qui va donc faire de même à son voisin suivant, et ainsi de suite jusqu’à provoquer un vieillissement accéléré des cellules.

 

Fort heureusement, la nature est quand même bien prévue, elle ne fait rien au hasard. Si ce mécanisme existe, c’est qu’il est en effet utile. Et effectivement, le stress oxydant est un mécanisme essentiel à la vie. Les cellules du système immunitaire vont par exemple l’utiliser pour détruire les molécules pathogènes, de même que les mécanismes inflammatoires et que la détoxication des molécules toxiques par le foie dépendent de l’existence de ce stress oxydant. Donc tout va bien… Tant que ce stress oxydant demeure contrôlé par les cellules de l’organisme.

 

Tout est une question d’équilibre

 

Si ce stress oxydant se propage de manière incontrôlée, il va alors s’attaquer aux différentes composantes cellulaires : aux glucides (mécanisme dit de glycation), aux lipides (lipopéroxydation) et aux protéines, accélérant ainsi leur vieillissement et leur perte de fonctionnalité. Même le cœur de notre information génétique n’est pas épargné, le stress oxydant pouvant aller jusqu’à casser les brins de la double hélice d’ADN, représentant d’ailleurs un mécanisme initiateur de la formation de cellules malignes, donc de la cancérisation. De plus un excès de radicaux libres peut altérer l’efficacité des défenses immunitaires à l’exercice (2). Pour éviter que la cellule « prenne feu », celle-ci dispose heureusement de pompiers et peut faire appel si besoin à des brigades extérieures. La défense antioxydante endogène correspond aux pompiers internes et la défense exogène aux brigades extérieures. Nos pompiers internes sont regroupés en deux principales brigades, les complexes enzymatiques plus connus sous les termes de Glutathion Peroxydase (GPx) et de Super Oxyde Dismutase (SOD), présents dans les mitochondries et le cytosol, nécessitant des statuts optimaux en Sélénium pour les premières ; en Zinc, Cuivre et Manganèse pour les secondes. Les brigades extérieures sont les vitamines et les végétaux apportés par l’alimentation au quotidien : béta-carotène ou provitamine A, vitamines C et E, polyphénols, flavonoïdes, acides phénoliques, etc. Ainsi, si vous disposez d’un statut nutritionnel optimal, vous permettez à vos cellules de contrôler ce stress oxydant et ainsi de favoriser votre adaptation cellulaire à l’effort.

 

Le principe même de l’optimisation des performances est fondé sur l’adaptation des cellules à l’effort. La répétition de celui-ci engendre une inflammation locale et ponctuelle indispensable à la mise en place des mécanismes de réparation cellulaire. En effet, lors des sports d’endurance, notamment en phase excentrique, des altérations de la structure cellulaire peuvent apparaître tant pour des causes mécaniques (ruptures d’éléments de l’architecture cellulaire) que du fait du stress oxydant majoré par la consommation d’oxygène. Cette production accrue peut toutefois, dans des conditions de repos, être considérée comme physiologiquement bénéfique : en effet les radicaux libres stimulent la production de cytokines, entraînant ainsi une cascade de réactions inflammatoires. Les cellules immunitaires sont alors recrutées sur le site de l’inflammation pour produire des radicaux libres qui vont « nettoyer » et réparer les dommages tissulaires (3). Toutefois, on comprend aisément qu’une production trop importante ou non contrôlée de radicaux libres puisse alors « emballer le système » du fait d’une sécrétion accrue de médiateurs de l’inflammation à l’origine d’une altération des structures cellulaires (lire mon article sur le contrôle de l’inflammation). Par ailleurs, l’exposition accrue du sportif régulier au stress oxydant est à l’origine d’une meilleure efficacité et d’une meilleure inductibilité des enzymes de protection contre le stress oxydant notamment en fonction du VO2max (1), sauf au niveau intestinal (4), mais c’est là une autre histoire.

 

En synthèse, la pratique sportive induit une consommation accrue d’oxygène à l’origine d’un stress oxydant majoré, nécessaire à l’amélioration des performances via l’adaptation cellulaire à l’effort. Pour éviter que ce stress oxydant devienne majeur et non contrôlé, alors synonyme de désadaptation à l’effort voire de surentraînement ou d’altération de l’état de santé, le bon fonctionnement des enzymes de protection antioxydantes et