Trop de sport peut-il être mauvais pour le cœur ?

February 1, 2017

Trop de sport peut-il être mauvais pour le cœur ?

 

Une pratique sportive modérée et régulière est bénéfique pour la santé et le système cardiovasculaire en particulier, c’est prouvé. Mais une activité sportive « déraisonnable » peut-elle être dangereuse pour le cœur ?

 

 

Contraintes cardiovasculaires aiguës de l’exercice musculaire

Lors d’un exercice, l’équilibre de l’organisme est très perturbé avec au niveau cellulaire un stress oxydatif, une inflammation et une acidose. Au niveau du système cardiovasculaire, les contraintes hémodynamiques, mécaniques, et neuro-hormonales (sympathique, catécholamines) prédominent. Chez le sujet sain, des réponses adaptées, élévation du débit cardiaque et baisse des résistances des vaisseaux avec élévation modérée de la pression artérielle, se mettent en place. Le niveau des réponses varie selon le type d’exercice dynamique, statique ou mixte, selon son intensité et sa durée et les conditions environnementales, chaleur et altitude surtout.

La répétition programmée des exercices induit des adaptations qui se mettent en place lors des phases de récupération et qui vont améliorer la capacité de réponse à l’effort de l’organisme. L’importance des adaptations dépend surtout du patrimoine génétique du sportif, mais aussi des caractéristiques et de la quantité d’exercice et du mode de récupération. Les effets néfastes surajoutés d’un dopage éventuel ne doivent pas être occultés.

 

Bénéfices cardiovasculaires prouvés d’une activité physique modérée et régulière

Inactivité physique et sédentarité sont considérées par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) comme la première cause mondiale de mortalité non transmissible évitable. Les preuves des bénéfices sur la santé de la pratique d’une activité physique modérée, en intensité et en quantité, et régulière sont indéniables et ses mécanismes explicatifs sont de mieux en mieux compris. L’OMS pour les adultes (18-64 ans) recommande une activité au premier seuil ventilatoire (essoufflement modéré sans transpiration) de 30 minutes (fractionné par périodes de 10 minutes si besoin) au moins 5 fois/semaine ou bien 3 fois 25 minutes d’activité physique intense (au-delà du seuil ventilatoire avec transpiration) par semaine. Un mixage de ces deux activités est possible. L’association d’une pratique régulière d’un renforcement musculaire est recommandée tout comme la réalisation de coupures brèves toutes les 2-3 heures lors des positions assises prolongées.

 

Risques cardiovasculaires potentiels d’une activité physique trop intense

Les contraintes imposées à l’organisme par la pratique sportive intense basée sur un entraînement structuré et réalisée dans le but d’atteindre la meilleure performance possible lors de compétitions officielles n’ont rien à voir avec celles induites par une activité sportive pratiquée pour maintenir son capital santé. Deux questions méritent d’être posées concernant cette pratique sportive très intense. D’une part, en aigu comment le système cardiovasculaire « encaisse-t-il » les contraintes imposées ? D’autre part, la répétition de ces contraintes peut-elle à la longue altérer durablement le fonctionnement du système cardiovasculaire ?

 

Concernant les réponses aiguës, devant l’observation de perturbations échocardiographiques et biologiques rapportées juste après des efforts d’endurance ou d’ultra-endurance (qui sont les plus étudiés), l’hypothèse d’une fatigue cardiaque induite par un effort intense et prolongé a été récemment évoquée. Ces disciplines rencontrent de plus en plus de succès auprès des pratiquants, en particulier des coureurs à pied pour qui le marathon est devenu trop « facile » (50 000 partants au dernier Marathon de Paris), et ce malgré le nombre majeur d’abandons (35-50 %) dans ces épreuves d’ultra-endurance. Des échocardiogrammes réalisés avant et après des compétitions ont ainsi montré une altération des capacités de remplissage et de vidange des deux ventricules, mais plus marquée pour le ventricule droit. Des bilans biologiques réalisés avant et après ces mêmes épreuves ont révélé une élévation de certains marqueurs sanguins pouvant témoigner d’une souffrance cardiaque. Toutes ces perturbations concernent 30 à 50 % des pratiquant(e)s et sont un peu plus marquées chez les sujets les moins entraînés. Leur importance est proportionnelle à l’intensité et à la durée de l’effort. Élément rassurant majeur, ces modifications se normalisent rapidement (toujours en moins de 24-36 heures) et ne sont associées à aucune baisse de performance sportive, aucun symptôme, ni aucune anomalie de l’électrocardiogramme. Par ailleurs, les causes d’abandon non traumatiques lors des épreuves d’endurance sont très largement dominées par les troubles digestifs, les limitations musculaires squelettiques et les perturbations de la thermorégulation, plus rarement par les désordres métaboliques, hyponatrémie et hypoglycémie surtout et exceptionnellement (1/50 000 après 35 ans et 1/ 150 000 avant 35 ans) par un accident cardiovasculaire grave (en excluant les malaises vagaux). Curieusement à l’inverse du muscle squelettique, le muscle cardiaque a longtemps été considéré, en particulier par les cardiologues, comme « infatigable » chez le sujet sain. Pourtant, lors d’un exercice musculaire, le cœur est l’un des muscles les plus sollicités et sans aucune période de repos total. Actuellement, ces perturbations échographiques et biologiques asymptomatiques et temporaires sont considérées comme physiologiques.

 

Concernant les contraintes répétées des séances d’entraînement intense, on sait depuis longtemps que le système cardiovasculaire